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BerTramp - Les pérégrinations d'un errant moderne

Mon sac de couchage : ÉpilogueS

1 Juillet 2015, 21:20pm

Publié par BerTramp

Mon sac de couchage : ÉpilogueS

J’ai déjà présenté un épilogue à l’histoire de mon sac de couchage (http://bertramp.over-blog.com/2015/05/mon-sac-de-couchage.html). Avec son hôte providentiel, ils vécurent heureux et eurent beaucoup de euh … délires ? Mais en réalité, cette histoire connaît deux autres épilogues, chacun montrant la solidarité humaine et dont j’ai tiré des leçons.

 

2ème Épiloge : 

Après cette mésaventure qui verra la perte de Ricardo, mon regretté sac de couchage (il reçu son nom à titre posthume) je me retrouvai à Kirkbean, à travailler pour un dénommé Jamie « Ohmygod Ihave Afuckton Ofnames Because-Iam Afucking Englishnoble » Lordington. Toi, alerte lecteur, ne peut le deviner, mais Jamie était un noble anglais : un homme assez riche, né assez riche, d’un père assez riche élevé par un grand-père assez riche et qui faisait partie d’une classe bien distincte de gens assez riches (l’Angleterre possède encore un système de classes très présent). Cet hôte était très particulier : il logeait les wwoofers à part dans des chalets qu’il utilisait pour faire Bed&Breakfast et ne venait pas travailler avec nous. En 3 semaines j’ai dû le voir 5 heures bout à bout. Il était pas méchant, mais il n’avait pas vraiment compris le principe du wwoofing ou avait du mal à le mettre en application.

Il était chasseur et organisait des parties de chasse sur ses terres pour lui et ses copains. Un jour, il me demanda si ça me dérangeait de faire une battue pour la chasse. J’hésitai car je ne suis par un grand fan de la chasse, mais il me nourrissait et me logeait en échange de mon travail, c’était lui le patron. J’acceptai. Rétrospectivement, c’était une mauvaise raison et j’aurais dû refuser. Après, je me disais aussi « pourquoi ne pas le faire une fois dans ma vie ? Et ce n'est pas mon absence qui va sauver un oiseau »

Plus tard, j’appris par une autre wwoofeuse, anglaise, que souvent, les batteurs étaient récompensés de 30 £, soit mon ticket pour acquérir un nouveau sac de couchage. Je demandai alors à Jamie s’il comptait me payer 30 £ ou si pour lui c’était compris dans le wwoofing. C’était compris dans le wwoofing (World Wide Opportunities on Organic Farms). Je lui expliquai la raison bien légitime pour laquelle je voulais mettre ma main sur 30£. Comprenant ma situation, Il me dit que si je faisais des heures en plus des 30 hebdomadaires, il me les paierait. Je n’avais pas vraiment d’autre choix que de jouer selon ses règles.

Je fis la battue, il y eu très peu d’oiseaux abattus ce jour là, 2 pour 5 chasseurs et 5 batteurs.

J’étais parti sur ce deal de faire des heures sup’. Un jour, je travaillais avec un employé de Jamie, on discutait de ce que chacun faisait dans la vie, je lui demandai ses hobbies, il me répondit qu’il aimait bien camper, aller dans la nature et être peinard. Sur le moment, les connections ne se firent pas dans mon cerveau, comme quoi dès que j’avais un toit sur la tête, le problème du sac de couchage était devenu très secondaire pour moi.

Et puis plus tard, au bercail, je percutai :

*Hey mais, si son hobbie c’est le camping, il a peut être un sac de couchage en rab, ce sera moins cher qu’un sac de couchage neuf.*

Je lui demandai le lendemain et il me répondit qu’il allait voir s’il n’en avait pas un qui traînait. Il vint me voir plus tard avec un sac de couchage, je lui demandai combien il en voulait. Rien. Il me le donnait. J’insistai quand même un petit peu (malgré mon maigre budget), il me répondit que de toute façon il traînait sans servir. Il refusa un paiement alors qu’il n’était pas riche. Mais là où son geste d’entre-aide devient particulièrement pur et beau, c’est que nous n’étions pas particulièrement potes. Nous étions courtois l’un envers l’autre, mais ça n’avait pas accroché plus que ça. Cet acte de bonté n’était pas motivé par le désir d’aider une personne qu’il aimait, mais par le désir désintéressé d’aider un autre être humain lambda.

Rien dans ce gars n’indiquait une telle bonté. En fait, la bonté est une qualité difficile à voir chez les gens. L’intelligence, l’humour, le courage et d’autres qualités sont beaucoup plus aisés à déceler quand on apprend à connaître une personne. La bonté par contre, il faut que vous soyez dans le besoin pour savoir si les gens possèdent ou non cette qualité. Je chérie le fait d’avoir été dans le besoin car ça m’a montré cette facette de l’humanité.

 

3ème Épilogue : 

Le troisième épilogue (mais putain cette histoire n’en finira JAMAIS ?!?!) est tout aussi intéressent, si ce n’est plus.

Je quittais Kirkbean en direction d’Inverness avec mon nouveau sac de couchage : Ricardo IIème du nom. Mon amie Cyrielle, une wwoofeuse avec qui j’avais travaillé, me déposa à Dumfries où je me retrouvai à faire du stop avec dans mon dos un enclot contenant des autruches. Des autruches … chaque jour est unique mais certains le sont plus que d’autres.

Malgré ce début intéressent, cette journée de stop fut laborieuse. Je fis 160km avant de me trouver à nouveau à Stirling, dans la même station service qu’à l’aller. Oui oui, la station service d’où je m’étais fait jeter comme un malpropre, autant dire que j’aurais préféré être dans n’importe quel autre lieu sur la route. On était le 19 décembre, à 2 jours du solstice et il faisait nuit à 15h30. Il fit rapidement trop sombre pour faire du stop dehors, et le stop à l’intérieur étant prohibé, j’étais bel et bien à nouveau coincé dans cette station service. J’étais loin d’être fatigué et avant de dormir, il allait me falloir plusieurs heures. Pour patienter, j’avais le choix entre attendre dans ma tente comme un flan, grelottant dans un duvet probablement non adapté à l’hiver Ecossais, ou rentrer dans le café et profiter de l’accès internet gratuit. Deuxième option. J’en profite pour informer mon futur hôte de ma progression, donner des nouvelles aux copains, répondre aux mails (je n’avais pas internet chez Jamie), écoute de la musique sur youtube bref passer le temps. Je me retrouvai bientôt seul dans le Costa (sorte de café à la starbuck) avec la caissière, une femme dans la 40aine à l’air fatigué. Nous discutions un peu, elle était curieuse de la raison de ma présence, je lui expliquai que je voyageai en travaillant dans les fermes et en faisant du stop.

« Mais vous allez dormir où ce soir ? »

« Quand ce sera l’heure d’aller me coucher et que je serais assez fatigué, je prendrais ma tente et irais dormir dehors. »

« Vous allez pas avoir froid ? »

« Euh … »

« Mais vous êtes fou ? Non non, dormez ici, vous serez au chaud, asseyez vous sur une banquette et dormez assis, soyez juste discret et il n’y aura pas de soucis. »

 En plus de la nuit sur la banquette, elle me donna des jus de fruit gratuitement (bon c’était ça ou elle les jetait car ils arrivaient à expiration), quelle chance !! Grâce à sa décision, j’ai pu « dormir » (disons somnoler) au chaud cette nuit là, dans la même station service où le manager avait prit la décision de me mettre dehors dans le froid si je faisais du stop car dérangeais les clients.

Je ne veux pas comparer ces 2 personnes, elles étaient dans des positions différentes : l’une était caissière, l’autre manager. Elles étaient également dans des situations différentes : dans un cas, des clients s’étaient plaint, dans l’autre il n’y avait personne d’autres dans le Costa. Peut être que si la femme avait été dans la position du manager, elle aurait prit la décision de me mettre dehors, et peut être que l’homme en tant que caissier m’aurait laissé faire du stop à l’intérieur. Je ne veux pas dire qu’une personne était meilleure que l’autre, je n’en sais rien.

Toutefois, ces 2 personnes ont été face au même choix : faire leur travail, ou aider quelqu’un, se laisser guider par leur devoir ou se laisser guider par leur compassion. Est-ce qu’il y avait un bon choix et un mauvais choix ? Je n’en sais fichtre rien et ça ne m’intéresse pas. Je sais juste que j’ai vécu cette situation où ta vie dépend du choix des autres, et j’ai vécu les conséquences de leur choix. Et si un jour je me retrouve dans une situation similaire, à avoir un choix entre devoir et compassion, un choix qui influencera la vie de quelqu’un d’autre, j’aurais une meilleur idée des conséquences de mon choix sur la vie de l’autre. Je pourrais mieux choisir.

Voyager me fait accumuler les expériences ce qui me permet de mieux connaître le monde, donc de mieux prévoir les conséquences de mes actes, et au final être plus responsable quand je fais des choix. 

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Tiffou 20/12/2015 21:57

Les autruches c'est trop mignon !

De belles moralités =)