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BerTramp - Les pérégrinations d'un errant moderne

Mon sac de couchage

25 Mai 2015, 15:57pm

Publié par BerTramp

Le trajet

Le trajet

Faire du stop, c’est dépendre entièrement des gens qui passent sur la route. On lève le pouce pour le meilleur et pour le pire. Peu de choses sont aussi imprévisibles qu’une aventure en autostop.

J’ai vécu bien des aventures en stop plus ou moins rocambolesques. Celle que je vais vous raconter est probablement la plus étonnante que j’aie vécue jusqu’à présent.

 

 

Cette histoire se passe dans une contrée très au nord, à une lune à peine du solstice d’hiver.

Je ne dis pas cela pour créer une atmosphère, ces informations sont réellement importantes pour l’histoire. Plus on est au nord, plus les nuits sont longues à l’approche du solstice. A cette époque, il faisait nuit à 15h30 16h, autant dire que la journée était très courte, et ça quand on fait du stop, c’est pas cool. Car voyez vous, faire du stop la nuit est presque impossible. Pourquoi ? Parce que les gens ne prennent pas les auto-stoppeurs de nuit. Pourquoi encore ? Parce que 30% des auto-stoppeurs sont des loups-garous. Voilà.

 

 

Même si vous n’êtes pas un loup-garou, vous n’êtes pas pris en stop lorsqu’il fait nuit, donc une journée de stop s’arrête quand le soleil se couche.

 

 

Devant effectuer un trajet plutôt long (4h de conduite, donc 8h de stop à prévoir) et un peu difficile (je devais passer par Glasgow puis continuer au sud sur une route pas forcément très passagère), j’avais prévu que, selon toute vraisemblance, je ferais le trajet en 2 jours et serais obligé de camper à mi-chemin. La nuit serait peut être froide, mais j’avais confiance en mon brave sac de couchage, ma fidèle tente et mes 2 couvertures de survie.

Donc, fin novembre, à Inverness en Ecosse je me retrouve à faire du stop sur un emplacement bien pourri (c’est assez fréquent au Royaume-Uni). Finalement, une voiture s’arrête … super loin. Je dois courir pour la rejoindre rapidement, mon sac à dos rebondit sur mon dos au rythme de mes foulées. Boing boing. Détail attendrissant n’est ce pas ?

Le gars me prend jusqu’à Perth, le trajet est plutôt sympa. Au moment de sortir mon sac à dos de la banquette arrière, je remarque que quelque chose cloche … mon sac de couchage n’est plus présent. Il est probablement tombé pendant les boing boing. Merde. MERDE !!!


Maintenant, faites un effort pour vous mettre à ma place. On est en Ecosse, il gèle chaque nuit, je vais certainement camper dans un emplacement pourri au bord d’une route, et sans sac de couchage. Ce sera indubitablement inconfortable, et peut être même dangereux. Voici ce que disait ma voix intérieur à ce moment là : merde … merde .. merde, merde, merde, putain, merde, merde, putain de merde !!

Le choix : Faire demi tour, sans garantie de retrouver l’emplacement où j’étais, ni même que mon sac de couchage y serait encore, perdre énormément de temps OU continuer, advienne que pourra.

 

 

A votre avis, qu’ai-je fait ?

 

 

Me voila en route vers Glasgow. Je suis plutôt de nature insouciante, mais cette fois, j’avais vraiment une boule au ventre.

Je suis pris à Perth et je demande à me faire déposer un peu avant Glasgow, à la station service de Stirling. Le crépuscule approche et je commence à paniquer doucement.

Je demande aux gens un lift pour Dumfries, mais aucun ne va dans ma direction. La nuit tombe, je suis de plus en plus désespéré de trouver un lift. Je rentre dans la station et demande aux gens qui prennent un café ou mangent (ce que d’habitude je ne fais pas).

« Bonjour, je fais du stop et je souhaite me rendre au sud de Glasgow, sur la route de Dumfries, est ce que par hasard c’est votre route, est ce que vous avez de la place pour un autostoppeur ? »

Bon, une manière de demander qui laisse LARGEMENT la possibilité de refuser si les gens ne veulent pas vous prendre. Et je demande toujours avec le sourire (oui, même en panique).

 

 

Au bout d’un moment, un gars vient me voir.

« Bonjour, je suis le manager. Des clients se sont plaints que vous leur demandiez de vous prendre en stop. Arrêtez de le faire. Vous pouvez demander à l’extérieur, mais pas à l’intérieur. »

« Si je reste juste dans un coin avec ma pancarte Dumfries visible mais sans demander à personne directement ? »

« Non. »

 

 

J’aurais pu rester au chaud, mais sans possibilité de trouver un lift, donc finalement, ça ne changeait pas ma situation.

Je me retrouve dehors, il fait nuit noire, je suis assis sur un banc et ça va mal. Je suis dans une situation vraiment merdique (bon ok c’était ma faute) et quand je demande de l’aide aux braves gens, ça les dérange tellement qu’ils vont s’en plaindre au manager.

 

 

Se sentir rejeté, c’est vraiment horrible.

 

 

Je suis resté sur ce banc, juste à me sentir mal quelques minutes. Et puis, chose étonnante, une voiture française se gare sur le parking. Je la regarde avec espoir, peut être que des compatriotes pourront me sortir de ce mauvais pas. J’attends que les occupants se montrent, ce qui prend curieusement pas mal de temps. Finalement 2 nanas sortent, puis un peu après un mec, tous dans la vingtaine.

« Bonjour, je fais du stop … patati patata. »

« Ah non désolé, on va à Glasgow »

« Ah » Il fait nuit, je sens que je ne trouverais pas de voiture pour passer Glasgow, donc à ce stade, autant chercher un abri pour la nuit. En temps normal, j’aurais cherché un emplacement pour la tente sans faire chier qui que ce soit. Oui mais là, la perspective de cette nuit froide me pousse à demander l’hospitalité. « Je suis désolé, d’habitude je ne demande jamais ça, mais voila il m’est arrivé […]. Du coup, est ce que vous pourriez m’héberger ? Si vous refusez, je comprendrai, y’a pas de soucis. »

Et là, à ma grande surprise, ils ont TOUS LES 3 accepté SANS UNE ONCE D’HESITATION. Combien de gens accepteraient aussi facilement d’héberger un gars qu’ils ne connaissent absolument pas ?

Voyager en dépendant de l’aide des autres peut être absolument merveilleux. Ça te montre une humanité compatissante et solidaire. Peut être que ça te touche derrière ton écran, alors imagine l’effet que ça a eu sur moi, qui étais au fond du trou un peu plus tôt, en me sentant rejeté. Merci n’était pas un mot assez fort pour exprimer toute ma gratitude à ce moment.

Ils vont manger au burger king de la station service, on discute un peu, ils sont vachement sympas et on s’entend assez bien. Une fois le repas achevé, en route pour Glasgow. Arrivé, je dois choisir chez qui je vais dormir étant donné que chacun habite dans un endroit différent. Une des filles rentre chez elle à vélo, je ne peux pas la suivre c’est réglé, l’autre avait un truc à faire ce soir et n’avait pas internet. Il était donc plus logique que je dorme chez le gars qui était dispo la soirée et avait internet.

 

 

Je me retrouve donc à être hébergé chez ce gars. Maintenant, si toi lecteur tu crois que, parce que j’étais hétérosexuel et célibataire, j’aurais légèrement préféré dormir chez les nanas que chez le gars, et bien … et bien tu n’aurais pas forcément tort (je suis une vile créature).

Mais en fait, finalement, je m’entendais mieux avec le gars, donc c’était cool.

On discute, le gars était assistant de langue à la fac de Glasgow et avait fait ses études à Poitiers. Tiens, comme moi, quel heureux hasard ! Il avait fait une année d’hypokhâgne. Heureux hasard encore, je connaissais quelques hypokhâgnes, dont une en particulier avec qui j’étais sorti en première année (que j’étais jeune et fougueux en ce temps !).

« Si tu as fais hypokhâgne, tu n’aurais pas connu Princesse Leia ? » (Bon, ça aurait pu passer inaperçu, mais j’ai changé le prénom de ladite fille pour respecter sa vie privée)

« Si, si je suis pote avec. Comment tu la connais toi ? »

« … Je suis sorti avec en première année »

« WHAAAT » unisson.

Là encore, lecteur, imagine que ça t’arrive à toi. Tu es en Ecosse, tu rencontres des français c’est déjà pas très commun (c’est pas Londres quoi), le gars a fait ses études dans la même ville que toi, c’est déjà bien ouf. Et en plus il connait ton ex, là c’est carrément incroyable !!! J’ai pas une liste d’ex à rallonge non plus. Enfin bref, les probabilités étaient infimes. Il s’est même rappelé qu’une fois on avait prit une pizza au RU ensemble.

C’est là que l’histoire devient encore plus incroyable. Ce gars, qui était le conducteur, était celui qui avait décidé de s’arrêter pour manger au burger king … sans aucune raison. Ni lui, ni les filles n’avaient faim à ce moment là, et il a voulu spécialement aller au burger king de cette station service sans aucune raison. Lui-même ne comprend pas pourquoi il a prit cette suite de décisions illogiques qui l’ont poussé à me rencontrer, et dont le résultat final a été de me tirer de ce mauvais pas.

Je crois que le dieu du stop veille sur moi.

Pour l’épilogue ? Nous avons passé une super soirée. Nous nous sommes pris en photo et nous l'avons envoyé à princesse Leia. Imaginez sa surprise   il se trouve que j’avais du pain fait maison dans mon sac, on l’a partagé. Lui avait du porto fait par son voisin, on l’a aussi partagé. (S)cène quasi biblique non voulue. Le lendemain, il m’a conduit à une station service au sud de Glasgow de laquelle j’ai pu rejoindre Dumfries puis Kirkbean. Par la suite, on a gardé contact, quand j’ai pu, je l’ai invité à venir passer un week-end dans la cambrousse dans le nord (chez un autre hôte), puis avant de partir, je suis venu crécher à nouveau chez lui pour visiter Glasgow et on est maintenant d’excellents amis.

 

Ah mais en fait, il y'a d'autres épilogues possible à cette histoire (http://bertramp.over-blog.com/2015/07/mon-sac-de-couchage-epilogues.html)

 

 

Mon retour à Glasgow en une image. Calés dans un parc en mangeant des scones fait maison par bibi =).

Mon retour à Glasgow en une image. Calés dans un parc en mangeant des scones fait maison par bibi =).

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Tiffou 20/12/2015 21:18

Pourvu que ton Sac de couchage a aussi pu dormir au chaud cette nuit là !
Magnifique rencontre, le destin =)